Prof. Eduardo OTEIZA

Professeur, chercheur et directeur du Master en droit procédural à l’Universidad Nacional de La Plata.

Depuis 2019, Oteiza est président de l’Association internationale de droit procédural (IAPL). De 2011 à 2013, il a été président de l’Asociación Argentina de Derecho Procesal et, de 2014 à 2018, de l’Instituto Iberoamericano de Derecho Procesal.

Il a effectué le programme postdoctoral Jean Monnet Fellow à l’Institut universitaire européen (1987-1988) et a été boursier du CONICET (1987), de l’Académie de droit européen (1991), de l’Université de Bologne (1993) et de la GIZ (Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit) (2013).

Il a été membre du Conseil consultatif du programme Justicia 2020 du ministère de la Justice et des Droits de l’homme d’Argentine (2016-2019), dans le cadre duquel il a co-rédigé le Code national de procédure civile et commerciale.

Il a été professeur invité, entre autres, dans les universités suivantes : Bologne, Turin, Gênes, Brescia, Florence, York (Toronto), Pompeu Fabra (Barcelone), Medellín, Pontificia de Lima et à l’Institut Max Planck (Luxembourg). Il a reçu le prix « Enrico Redenti » (2016).

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Lettre inaugurale

[traduit par l’IA]

Chers collègues et amis,

C’est pour moi un grand honneur d’avoir été proposé à la présidence par le Conseil et le Présidium de l’Association internationale de droit procédural. Sur le plan personnel, je suis animé d’une profonde émotion et d’une sincère gratitude pour la confiance que vous avez placée en moi en me confiant la responsabilité de diriger l’IAPL.

Cependant, il ne s’agit pas d’un défi individuel, mais bien d’un engagement collectif. Le Conseil, dans le respect de nos statuts, a décidé que le Présidium pour les quatre prochaines années serait composé comme suit : Fernando Gascón Inchausti en qualité de secrétaire général exécutif ; Masahiko Omura, vice-président pour l’Asie ; Richard Marcus, vice-président pour l’Amérique du Nord ; Burkhard Hess, vice-président pour l’Europe ; Luis Guilherme Marinoni, vice-président pour l’Amérique latine ; et Frédérique Ferrand, Margaret Woo et Remo Caponi en qualité de secrétaires généraux. Je pourrais difficilement être mieux entouré. C’est un véritable privilège d’avoir l’occasion de travailler avec eux au cours des quatre prochaines années, et je les remercie d’avoir accepté le défi de collaborer ensemble au bénéfice de notre Association. Le processus décisionnel du Présidium est, à bien des égards, horizontal. Il existe entre ses membres un profond respect et un véritable sentiment d’égalité. Nous attachons une grande importance à la solidité des arguments, à l’amitié et aux relations de coopération.

Le professeur Fernando Gascón Inchausti nous a présenté le rapport sur l’état de l’Association, rédigé par le professeur Cadiet, lequel commençait par exprimer son regret de ne pas pouvoir se joindre à nous en personne. Je tiens à ajouter que nous sommes très attristés de son absence aujourd’hui. Nous espérons qu’il surmontera bientôt les problèmes de santé qui l’empêchent de voyager. Son action en tant que secrétaire général exécutif depuis Salvador de Bahia en 2007, puis en tant que président à Heidelberg en 2011, a insufflé un nouvel élan à l’IAPL. Avec le soutien de Marcel Storme, Federico Carpi et Peter Gotwald, il a conduit une transition générationnelle qui a permis de répondre aux défis apparus lorsque l’IAPL a modifié ses statuts en 2011, en constituant un nouveau Présidium afin de promouvoir le changement dans la continuité.

De nombreuses initiatives ont été adoptées depuis 2011, mais les valeurs qui fondent l’IAPL depuis 1950 ont toujours été fidèlement respectées. À la fin de son rapport, le professeur Cadiet a indiqué que l’un de ses devoirs consistait à conseiller le Conseil sur la voie à suivre afin d’assurer l’avenir immédiat de l’IAPL. Il a suggéré que l’expansion mondiale de l’IAPL rendait opportun d’envisager le transfert de la présidence vers l’Amérique latine.

La perspective de Cadiet repose sur une signification symbolique essentielle. En 1950, le comité chargé de la création de l’IAPL était composé de neuf professeurs, dont cinq européens et quatre américains. Le premier congrès, au cours duquel nos membres fondateurs ont débattu de la création de l’IAPL, s’est tenu à Florence en 1950, mais les statuts ont été adoptés à Mexico en 1972. Parmi les procéduralistes latino-américains ayant exercé la plus grande influence sur notre histoire, on peut citer Eduardo J. Couture, Hernando Devis Echandía, Enrique Vescovi, Héctor Fix-Zamudio, Cipriano Gómez Lara, José Carlos Barbosa Moreira, Ada Pellegrini Grinover et Augusto Mario Morello. Tous ont contribué au développement solide de notre Association. Aujourd’hui, plusieurs jeunes procéduralistes latino-américains très actifs se distinguent, comme nous avons pu le constater lors des différentes sessions de ce congrès et à travers l’appel à communications.

En assumant la responsabilité proposée par le Conseil à partir de mon héritage latino-américain, je rends hommage à l’importance du respect de la diversité. C’est dans nos différences, dans le développement de la tolérance, dans l’aspiration à l’égalité et dans le sérieux du travail académique que nous trouvons des bases solides pour croître en tant que société scientifique engagée dans l’amélioration de la justice. Suivre la voie de la complémentarité et du pluralisme enrichit l’IAPL et met en valeur son caractère global et intégrateur.

Permettez-moi de revenir, pendant quelques instants, sur mon expérience en tant que membre du Présidium. Au cours des huit dernières années, avec Manuel Ortells, Teresa Arruda Alvim et Fernando Gascón Inchausti, qui ont exercé les fonctions de secrétaires généraux exécutifs, ainsi qu’avec Michele Taruffo, vice-président pour l’Europe ; Masahisa Deguchi et Masahiko Omura, vice-présidents pour l’Asie ; Oscar Chase et Richard Marcus, vice-présidents pour l’Amérique du Nord ; et Burkhard Hess, notre trésorier, sans oublier Janet Walker et Neil Andrews, secrétaires généraux, ainsi que nos présidents d’honneur Marcel Storme, Federico Carpi et Peter Gotwald, nous avons formé un groupe engagé, dédié à l’impulsion et au développement de l’IAPL.

Ce furent des années intenses au cours desquelles nous avons atteint des objectifs majeurs. Il convient notamment de souligner l’organisation de deux congrès mondiaux : Istanbul (2015) et celui que nous avons le plaisir de vivre aujourd’hui, grâce au travail dévoué du professeur Koichi Miki. Il faut également mentionner les colloques organisés à Moscou (2012), Athènes (2013), Séoul (2014), Bogotá (2016) et Tianjin (2017), ainsi que deux conférences internationales organisées conjointement avec l’Institut ibéro-américain de droit procédural, d’abord à Buenos Aires (2012), puis à Salamanque (2018). Tournés vers l’avenir, et en raison du niveau scientifique élevé de nos rencontres, nous travaillons actuellement à l’organisation des colloques de Porto Alegre (2020), Örebro (2021) et de la Côte d’Ivoire (2022), ainsi que de notre prochain Congrès mondial à Lima (2023). Toutes ces activités ont été planifiées conformément à notre règlement intérieur relatif aux lignes directrices applicables aux congrès, colloques et autres manifestations académiques, approuvé en 2012. Ces règles nous ont offert un cadre de prévisibilité pour développer nos relations avec les organisateurs locaux de chacun de nos congrès.

Nous travaillons également à la quatrième édition de l’École d’été postdoctorale. Comme cela a déjà été mentionné, les trois éditions précédentes se sont tenues à Luxembourg, à l’Institut Max-Planck, grâce à l’hospitalité incomparable de mon cher ami, le professeur Burkhard Hess. Les écoles d’été ont toujours attiré de jeunes procéduralistes hautement qualifiés et des professeurs invités, donnant lieu à des débats intenses et fructueux, comme en témoignent les trois volumes publiés par la maison d’édition Nomos.

À mon sens, l’idée du dialogue intergénérationnel développée au cours des sessions de l’école d’été est particulièrement enrichissante. L’âge chronologique n’est qu’une limite relative, comme l’ont démontré Roscoe Pound et Giuseppe Chiovenda. Le premier, à l’âge de trente-six ans, nous a offert sa désormais célèbre conférence intitulée The Causes of Popular Dissatisfaction with the Administration of Justice, tandis que Chiovenda, à trente-quatre ans, prononçait une conférence sur les réformes procédurales et les courants de pensée modernes. Pour aucun d’eux, la jeunesse ne constituait une limite au talent. Bien au contraire, leur audace intellectuelle a ouvert de nouveaux horizons.

Néanmoins, l’échange de points de vue entre les générations s’est indéniablement imposé comme une caractéristique distinctive de notre Association. L’école d’été offre un espace fascinant de croissance personnelle mutuelle, un lieu où les relations professionnelles et personnelles peuvent se renforcer, constituant les piliers du développement de futurs projets académiques.

Le Congrès mondial d’Istanbul a été l’occasion de l’attribution du prix Cappelletti, dont une deuxième édition avait déjà été décernée. Le jury, présidé par le professeur Richard Marcus et composé de Frédérique Ferrand, Remo Caponi, Álvaro Pérez Ragone et Masahisa Deguchi, a examiné avec soin les travaux en compétition et rendu le résultat de ses délibérations. Une fois encore, nous tenons à remercier le jury pour l’examen approfondi des travaux soumis dans les différentes langues de l’IAPL. À Salamanque, le prix Storme a été attribué dans un cadre similaire. Comme l’a rappelé notre ancien président, notre Revue a publié dix-sept volumes depuis 2011, et nous discutons actuellement des moyens d’obtenir la pleine reconnaissance de sa valeur scientifique. L’Assemblée vient d’approuver la modification de nos statuts, laquelle marque une avancée majeure du point de vue institutionnel.

Certaines des références que j’ai faites ci-dessus reprennent des informations déjà fournies par notre ancien président ; cette répétition vise à souligner le travail accompli sous la direction du professeur Cadiet. J’espère également que nous pourrons continuer à bénéficier de la précieuse coopération de nos estimés anciens présidents Federico Carpi et Peter Gotwald, dont nous avons tant appris, ainsi que des membres d’honneur du Présidium et du Conseil. La présence de Janet Walker et de Michele Taruffo au sein du Présidium nous manquera certainement. Nous leur adressons notre profonde gratitude pour le travail qu’ils ont accompli au cours des huit dernières années.

À présent, sous un angle différent et plus personnel, je souhaiterais partager avec vous ce qui suit. Il y a quelques années, alors que j’étudiais le parcours de notre premier président, Alcalá Zamora y Castillo, j’ai découvert un article qu’il avait publié en 1944, lorsqu’il était professeur dans mon université, après avoir dû s’exiler à la suite de la guerre civile espagnole. Cet article s’intitule « Projet de création d’une Association ou d’un Institut international de droit procédural ». Il y relate sa première rencontre avec James Goldschmidt en 1936, à l’Université de Valence (Espagne), au cours de laquelle il proposa la création d’une association internationale. À l’époque, Alcalá Zamora n’avait que trente ans, tandis que James Goldschmidt en avait soixante-deux. Selon Alcalá Zamora, cette première tentative échoua en raison de leur condition commune d’exilés. Goldschmidt avait dû fuir l’Allemagne, puis l’Espagne en raison de son origine juive, avant de trouver refuge à Montevideo, où il mourut en 1940. Le parcours et le long exil d’Alcalá Zamora le conduisirent d’abord en Argentine, puis au Mexique. C’est pourtant lors de cette rencontre de 1936 que naquit la première idée de créer notre Association, idée qui trouva un écho ultérieur à Florence, lors du congrès de l’Association italienne en septembre 1950.

C’est alors qu’un premier comité fut constitué afin de créer un Institut international de droit procédural, composé de cinq Européens — Carnacini, Redenti, Schönke, Schima et Fairén Guillén — et de quatre Américains — Alcalá Zamora, Millar, Couture et Tasso. Les efforts d’Alcalá Zamora furent récompensés lors du congrès de Mexico en 1972. Il est surprenant, avec le recul — ou peut-être pas — de constater qu’Alcalá Zamora ne faisait pas partie du groupe européen. Peut-être préférait-il alors s’identifier à l’Amérique latine en raison de son exil. Le fait que le premier président de notre Association ait été professeur dans ma propre université demeure toutefois une coïncidence qui me surprend encore.

En 1987, j’ai assisté au 8ᵉ Congrès mondial de l’IAPL, tenu à Utrecht sous la présidence de Mauro Cappelletti. Je me souviens très clairement de la force de son discours de clôture. Peu après Utrecht, j’ai eu la chance que Cappelletti dirige un projet de recherche que j’ai mené pendant un an à l’Institut universitaire européen, et qu’il me transmette son enthousiasme pour l’immense potentiel de l’IAPL autour de la valeur essentielle de l’accès à la justice et de ses multiples dimensions.

Lors de la clôture du 10ᵉ Congrès mondial, tenu à Taormine en 1995, lorsque Marcel Storme entra en fonctions comme président, il rappela qu’en 1976 Mauro Cappelletti avait été son invité à Gand. La relation entre Cappelletti et Storme, ainsi que le soutien du secrétaire général de l’époque, Vittorio Denti, engagèrent l’Association sur une nouvelle voie. Lors du 6ᵉ Congrès de Gand (1978) et du 7ᵉ Congrès de Würzburg (1983), Cappelletti et Storme, soutenus par Carpi et Gotwald, reprirent effectivement le flambeau de la génération d’Alcalá Zamora, Redenti, Carnacini et de tant d’autres. Lors du 14ᵉ Congrès mondial de Heidelberg, un changement dans la continuité fut discuté, renvoyant à la capacité de l’IAPL à permettre à des générations successives de procéduralistes de donner le meilleur d’elles-mêmes pour renforcer les efforts visant à améliorer la justice à chaque époque, marquée par des exigences sociales, culturelles, politiques et économiques spécifiques.

Notre continuité témoigne de la solidité de valeurs fondamentales et spécifiques qui ont marqué notre vie institutionnelle au fil du temps, telles que les idéaux démocratiques, la solidarité, l’aspiration à l’égalité et la recherche d’une justice à visage humain.

Une fois encore, je vous remercie très sincèrement pour la confiance que vous m’avez accordée. Nous ferons de notre mieux pour être à la hauteur de ceux qui nous ont précédés. Nous sommes reconnaissants de pouvoir partager leur amitié, leurs rêves, leurs valeurs et leurs convictions.

Kobe, 4 November 2019


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